Deux siècles de continuité monétaire
Le souverain moderne est introduit par la Grande-Bretagne en 1817, dans le cadre du Coinage Act de 1816 qui rétablit l’étalon-or britannique après les guerres napoléoniennes. Sous le règne de George III, la Royal Mint frappe la première pièce de 1 livre sterling en or fin, sur le modèle d’un souverain Tudor antérieur (1489) auquel elle rend hommage. Le revers est confié à Benedetto Pistrucci, un graveur italien qui livre l’iconographie devenue mythique de Saint Georges à cheval, terrassant le dragon — image directement inspirée d’une gemme antique conservée au British Museum.
La pièce traverse ensuite les règnes successifs sans changer de poids ni de titre. Elle accompagne l’apogée de l’empire britannique au XIXᵉ siècle, devient l’une des monnaies de réserve internationales jusqu’à la Première Guerre mondiale, est suspendue en 1917, reprise pour quelques émissions, à nouveau interrompue en 1932, puis relancée en 1957 comme pièce d’investissement. Depuis, la Royal Mint en frappe chaque année.
Caractéristiques techniques
- Poids brut : 7,9881 g
- Poids d’or fin : 7,3224 g
- Titre : 916,6/1000 (22 carats)
- Alliage : 91,67 % or, 8,33 % cuivre (ou cuivre + argent selon les frappes)
- Diamètre : 22,05 mm
- Tranche : striée
- Valeur faciale historique : 1 livre sterling (£1)
- Période de frappe : 1817 à nos jours (avec interruptions 1917-1957)
Le titre à 22 carats, hérité de la tradition monétaire anglaise dite Crown Gold, distingue le souverain des pièces d’or à 900/1000 d’inspiration latine. Cette différence n’a aucun impact sur le cours de rachat : seul compte le poids d’or fin contenu, soit 7,32 g par pièce.


Les grands portraits royaux
Chaque monarque a son effigie au droit. Sur le plan du rachat au cours bourse, ces variantes valent le même prix dès lors qu’elles sont en bon état. Certaines périodes ou certains ateliers prennent une plus-value numismatique, identifiée à l’expertise.
- George III (1817-1820) — frappes inaugurales, tête laurée par Pistrucci
- George IV (1821-1825) — tête laurée, puis tête nue à partir de 1825
- William IV (1831-1837) — règne court, tirages plus modestes
- Victoria — jeune tête (1838-1887) — la plus longue série, revers Saint Georges puis revers à l’écusson selon les ateliers
- Victoria — tête du Jubilé (1887-1893) — couronne, frappée pour le 50ᵉ anniversaire de règne
- Victoria — tête voilée (1893-1901) — voile de veuvage après la mort du prince Albert
- Edward VII (1902-1910)
- George V (1911-1932) — la plus grosse production en termes de volume
- George VI (1937, en émission limitée)
- Elizabeth II (1957-2022) — cinq portraits successifs (Mary Gillick, Arnold Machin, Raphael Maklouf, Ian Rank-Broadley, Jody Clark)
- Charles III (depuis 2023)
La série Victoria est la plus représentée dans les lots qui nous sont apportés en boutique, en particulier les young head avec revers à l’écusson (frappés principalement entre 1863 et 1880). Les frappes du Jubilé et de la tête voilée sont plus rares et apportent une légère prime numismatique.



1817–1820
Georges III
Premier souverain moderne, revers Saint-Georges de Pistrucci.

1821–1825
Georges IIII
Premier type de George IV, graphie « IIII », buste lauré.

1825–1830
Georges IV
Second type, tête nue par William Wyon, revers aux armoiries.

1831–1837
Guillaume IIII
Buste par William Wyon ; environ 9,1 millions d’exemplaires.

dès 1838
Victoria jeune (écusson)
Premier souverain de Victoria, revers à l’écusson par Merlen.

dès 1871
Victoria jeune (Saint-Georges)
Retour du Saint-Georges de Pistrucci au revers.

1887–1892
Victoria Jubilée
Effigie du jubilé d’or, buste voilé et couronné par Boehm.

1893–1901
Victoria Voile
« Old Head », la reine âgée et voilée par Thomas Brock.

1902–1910
Édouard VII
Portrait par De Saulles ; revers Saint-Georges.

1911–1932
Georges V
Portrait par Mackennal ; dernier grand souverain de circulation.
Les ateliers : Londres et le Commonwealth
Pendant l’apogée impérial, le souverain a été frappé non seulement à Londres mais aussi dans plusieurs ateliers du Commonwealth. La marque d’atelier figure au-dessus de la date au revers (Saint Georges) ou sur le sol sous le sabot du cheval.
- Sans lettre : Londres
- S : Sydney, Australie (1855-1926)
- M : Melbourne, Australie (1872-1931)
- P : Perth, Australie (1899-1931)
- C : Ottawa, Canada (1908-1919, frappes limitées)
- I : Bombay, Inde (1918-1919)
- SA : Pretoria, Afrique du Sud (1923-1932)
Sur le plan du rachat au cours bourse, tous les ateliers se valent dès lors que la pièce est en bon état. Pour les collectionneurs, les frappes de Ottawa, Bombay et certaines années des ateliers australiens sont nettement plus recherchées et prennent une prime numismatique notable. Lors de l’expertise, nous identifions systématiquement l’atelier et le millésime.
Demi-souverain et autres dénominations
Le souverain a aussi un cousin direct, le demi-souverain (half sovereign), pour une valeur faciale historique de 10 shillings (½ livre). Caractéristiques :
- Poids brut : 3,9940 g
- Poids d’or fin : 3,6612 g
- Titre : 916,6/1000 (22 carats)
- Diamètre : 19,30 mm
Le demi-souverain se rachète exactement sur la même logique que le souverain plein : son cours bourse représente sa part proportionnelle d’or fin, plus une prime variable. Pour les autres dénominations (2 souverains, 5 souverains, quart de souverain commémoratif), nous les expertisons à l’unité, leur valeur étant souvent plus numismatique que strictement monétaire.
Comment nous calculons votre prix d’achat
Le cours d’achat du souverain s’établit chaque matin à partir de trois données :
- La cotation internationale de l’or fin, multipliée par les 7,32 g contenus dans la pièce.
- La prime « bourse » constatée le matin sur le marché interbancaire parisien (CPoR Devises). Sur le souverain, cette prime est traditionnellement comparable à celle du 20 Francs Napoléon — la demande européenne sur ces deux pièces est très soutenue.
- L’état physique et l’identification de la pièce : variante royale, atelier, millésime. Certaines pièces sortent de la cote standard et entrent dans une fourchette numismatique supérieure.
Le prix affiché en haut de cette page est valable pour une pièce courante en bon état. Pour les pièces rares ou en état exceptionnel (FDC, BU), l’expertise prend quelques minutes de plus et le prix peut être largement supérieur.
Fiscalité de la revente
Le souverain est traité par l’administration fiscale française comme toute pièce d’or de bourse. Deux régimes possibles à la revente :
- TFOM (Taxe Forfaitaire sur les Métaux précieux) : 11,5 % du prix de cession, sans condition. Régime par défaut.
- Régime de la plus-value : 36,2 % sur la plus-value, abattement de 5 % par année au-delà de la deuxième, exonération totale après 22 ans. Accessible uniquement sur justificatif d’achat nominatif.
Le bordereau de cession est systématique. Nous prélevons la taxe au moment de la transaction et la reversons à l’administration : vous n’avez rien à déclarer ensuite. Pour les successions, nous établissons une attestation d’estimation à la valeur du jour, recevable par les notaires.
Questions fréquentes
Mon souverain Victoria vaut-il plus qu’un souverain Elizabeth II ?
Sur le cours bourse strict, non : les deux pièces contiennent exactement la même quantité d’or fin (7,32 g) et se rachètent au même prix de base. La différence se joue sur les variantes spécifiques : un Victoria young head à l’écusson en bel état dépasse parfois la cote standard, certains millésimes Victoria jubilee head ou veiled head aussi. Les souverains Elizabeth II modernes restent sur la cote standard, sauf quelques années à tirage faible.
Et un demi-souverain ?
Il vaut proportionnellement la moitié, son or fin étant de 3,66 g contre 7,32 g pour le souverain plein. Nous rachetons les demi-souverains aux mêmes conditions, expertisés à l’unité ou en lot.
Une pièce abîmée ou montée en bijou est-elle encore valable ?
Oui. Une pièce abîmée — ressoudure à 12h (signe d’un ancien montage en pendentif), percée, fortement usée — sort de la cote bourse et passe en cote « refus », à la valeur métal stricte. Le prix sera inférieur mais reste significatif. Beaucoup de souverains qui nous arrivent ont été portés en bijou : nous les rachetons systématiquement, c’est un cas extrêmement courant.
Mon souverain est un peu jauni / rougeâtre. Est-ce normal ?
Oui, c’est tout à fait normal. L’alliage à 22 carats contient 8,33 % de cuivre, ce qui donne à la pièce une teinte légèrement rosée caractéristique. Cette couleur, à elle seule, ne prouve pas l’authenticité d’un souverain — c’est la combinaison du poids, des dimensions, de la frappe et de la densité qui le confirme. Une pièce trop jaune, trop pâle, ou aux reflets verdâtres doit éveiller le doute. Nous vérifions chacun de ces critères à l’expertise.
Vous reprenez les souverains récents (Elizabeth II, Charles III) ?
Oui, tous les souverains, des plus anciens (1817) aux frappes contemporaines de Charles III. Les pièces récentes encore en blister Royal Mint sont rachetées au cours bourse plein, sans décote.
Pour aller plus loin : les souverains d’or les plus rares, pourquoi les souverains britanniques sont-ils tant recherchés, et la cotation générale des pièces d’or et lingots.

